Les deux musiciens se rencontrent en 1980, au sein de l’ARFI. En 1985 Louis Sclavis forme son premier quartet avec François Raulin (piano, synthétiseur), Bruno Chevillon (contrebasse) et Christian Ville (batterie). C ‘est un succès, qui les mène sur le chemin des tournées et de nombreux festivals internationaux (avec notamment les CD “Chine” et “Rouge” sorti chez ECM). Ils enchainent les créations et les rencontres, puis Louis Sclavis monte un nouveau sextet avec Bruno Chevillon, Francis Lassus, Dominique Pifarély, Yves Robert, et François Raulin, formation qui marque le jazz français des années 80 et 90. (CD “Duke on the air”, et CD“Les Violences de Rameau” sorti chez ECM). Un jazz créatif et ludique, dont Louis Sclavis est l’un des représentants européens les plus reconnus.

Nul doute que ces nombreuses années à jouer ensemble ont créé une connivence musicale intime très forte entre ces deux artistes.

Une complicité dans le jeu et l’improvisation à (re)découvrir.

Programme :

Compositions originales de Louis Sclavis et François Raulin, et improvisations.


Samedi 2 décembre en soirée, la grande salle de l'Usine était copieusement garnie pour le concert Louis Sclavis/François Raulin, devant un public visiblement de connaisseurs et très à l'écoute de cette magistrale restitution. Ces deux-là, par leur complicité musicale enrichie par trente ans de collaborations et d'expériences musicales, ont éclaboussé la soirée de leurs talents conjugués.Avec un jazz hors des sentiers battus sur leurs propres créations et sous improvisation quasi permanente, les deux virtuoses ont offert une prestation remarquable. Cette connivence entre le pianiste et le clarinettiste, aguerrie sur toutes les grandes scènes internationales, a donné à cette superbe soirée une qualité et une tonalité haut de gamme. L'accueil, les rappels et ovations du public ont souligné la qualité de cette belle soirée.

«C'est la première fois que nous descendons à l'Usine et ceci malgré la neige. Nous sommes conquis ! résument Marielle et Pierre, descendus d'Aurillac... C'est une superbe soirée. C'est sûr, nous reviendrons.»

 

... Les  morceaux exigent une concentration totale des instrumentistes, les yeux fixés sur les partitions d’une musique qui s’envole, enjouée et empreinte de mystère. 

Les thèmes sont très écrits, rythmes et harmonies complexes, joués parfois sous forme de dialogue ou exposés tour à tour par chacun des deux instruments. Les chorus y ouvrent des espaces qui paraissent infinis d’exploration et de fantaisie. La connivence entre les deux artistes est évidente et elle paraît essentielle pour fonder une musique si exigeante et élaborée et leur donner l’élan et le socle d’improvisations qui nous offrent de vrais moments de grâce. 

« La Lettre à Emma Bovary », composition de François Raulin, qui commence dans un jeu de piano, délicat, une dentelle de notes où se glisse la clarinette lente et calme, un peu triste, porte en elle une émotion communicative. 

Les deux musiciens se contentent d’énoncer les titres des morceaux, laissant la parole à la musique pour dire tout le reste. 

Le chant est là aussi ; dans la composition de Louis Sclavis « Along the Niger », il nous guide sur les chemins de la patience vers une contemplation admirative, ponctuées d’événements suggérés par des motifs dessinés par le piano puis par la clarinette.

Nos yeux se posent sur les mains du pianiste, sur l’exactitude du geste, léger et parfait et sur le visage du clarinettiste, éblouis par le souffle inépuisable en puissance et vivacité. Alors se déploient de longues et amples phrases qui donnent vie à l’inspiration du musicien.

Peu avant la fin du concert, les musiciens quittent leurs partitions, improvisent pour nous, assis là devant eux, en cadeau pour chacun.

Deux rappels sur des airs de danse jouent du charme et de l’élégance, juste avant que le vin chaud ne nous ramène à la réalité ...Souillac en jazz Blog